Dans le capitalisme, il ne peut être d’égalité véritable
Samuel Paty est mort, atrocement, et depuis le concert médiatique n’a de cesse de tambouriner sa mélodie républicaine à toutes les oreilles.
Convoquez la nation ! Aux Etats généraux !
Les politiques conduites en France depuis de trop nombreuses années ont plongé notre pays dans une série de crises desquelles il ne parvient pas à sortir. Crises sociale, économique, écologique, démocratique, et dorénavant sanitaire. Ces crises ont toute une origine : l’échec de nos gouvernants à penser en dehors du carcan austéritaire.
Résister ou mourir
Il n’est plus possible de se taire. Il n’est plus possible de rester dans la demi-mesure, de chercher la nuance, de vouloir tempérer. Indéniablement, il faut qualifier les choses telles qu’elles sont : la France sombre chaque jour un peu plus dans la dictature, et cela est rendu possible par le concours zélé d’une police immonde. Immonde par ce à quoi elle participe, et davantage, par le plaisir incontestable qu’elle en retire.
Policiers, quel ordre défendez-vous ?
Nous assistons à une transition. Le passage d'un Etat libéral à un Etat sécuritaire et policier. Les forces de l'ordre accompagnent ce changement avec une délectation qui inquiète et qu'il faut interroger. En tant que gardiennes de l'ordre social, il devient plus que nécessaire de se demander quel ordre elles souhaitent.
Dé-BAC-le
Ce film, en tant qu’objet de culture, doit, pour ne pas être nocif et un renfort au discours d’extrême-droite, nous servir de matière pour autopsier la vision qu’il porte. Pour se faire, nous construirons notre contre-discours analytique par un dialogue fictif avec Cédric Jimenez que nous interrogerons et auquel nous prêterons des réponses servant de contre-points aux nôtres.
La fracture
La Fracture est un film de Catherine Corsini. Asphyxiant. Comme un nuage de lacrymogène. Comme un climat social éruptif. Comme une souffrance si grande qu’aucune gorge ne saurait l’avaler.
« Plutôt qu'un Etat qui revendique le monopole de la violence, on devrait avoir un Etat qui revendique le monopole de la justice. »
David Dufresne est un ancien journaliste (Libération, i-télé, Médiapart) qui a choisi de raccrocher les gants en soie du petit monde médiatique parisien pour enfiler ceux plus râpeux du ring politique. Depuis, il a multiplié les enquêtes au long-court, derrière la caméra (Quand la France s’embrase, Prison Valley) ou derrière la plume (Maintien de l’ordre : Enquête,Tarnac, Magasin général, On ne vit qu’une heure, Une virée avec Jacques Brel…). Durant le mouvement des Gilets jaunes, il passe derrière le clavier et se rend célèbre via son compte Twitter grâce à ses fameux « Allô place Beauvau ? » où il interroge directement le politique sur les multiples violences policières que tout le monde semble chercher à ignorer. En octobre 2019, il revient avec Dernière sommation, un roman haletant sur son expérience de ces derniers mois. A l’occasion de la sortie de son film Un pays qui se tient sage, nous l’avons interrogé pour comprendre la genèse de ce film et ses objectifs politiques.
« L’histoire humaine nous apprend que les différenciations de genre sont des constructions politiques, sociales, économiques et culturelles »
Francis Dupuis-Deri est professeur de science politique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Il a récemment publié Les hommes et le féminisme (éditions Textuel, 2023). A l’occasion de ce numéro, nous avons cherché à comprendre avec lui ce que « la crise de la masculinité » recouvrait véritablement
Macron est mort, que meure la Ve !
Le sujet principal ne doit plus être de s’entendre sur un hypothétique premier ministre dont on sait par avance qu’il ne sera capable de rien, sauf à avoir renoncé à tout, mais de réfléchir aux moyens de sortir de la Ve république.
Sur l’arc réactionnaire : quelques thèses à propos de la crise politique en 2024
L'année 2023, s'achève dans la crise politique pour la gauche : divisions, désaccords et échecs à contrer concrètement le pouvoir macronien. Parallèlement le bloc bourgeois, incapable de régler les crises qu'il provoque, se barricade dans ses certitudes néolibérales tout en se confondant de plus en plus avec le bloc néofasciste. Paul Elek tente ici de mettre en avant les principaux thèmes et défis que la gauche radicale doit prendre en compte et relever en 2024.
Maid, ou l’illustration du cycle des violences conjugales
Au 6 décembre 2024, 128 féminicides ont eu lieu dont 90 féminicides par un conjoint ou ex-conjoint. Cet article a pour objectif, à partir de la série Maid sortie en 2021 et qui servira d’illustration, de comprendre comment le cycle des violences s'installe dans un couple, comment il fonctionne, et comment il tue. Les violences conjugales sont des violences patriarcales.
« La question de l’incarcération n’est pas celle du mieux enfermer ou moins enfermer, mais c’est celle de ne plus enfermer. »
Gwenola Ricordeau est professeure associée en justice criminelle à la California State University, Chico. Elle a publié Pour elles toutes. Femmes contre la prison (Lux éditeur, 2019) et récemment 1312 raison d’abolir la police (Lux éditeur 2023) et, en collaboration avec Joël Charbit et Shaïn Morisse brique par brique, mur par mur (Lux éditeur, 2024).
Editorial : à l'assaut de l'empire masculin
Le procès Mazan pose celui de toute une organisation sociale : celle d'une société patriarcale ou la distribution des genres et des pouvoirs assujettit un sexe à la volonté d'un autre. Une sujétion genrée, économiquement récupérée et pénalement encadrée. Ce numéro interroge l'empire masculin fondé sur le patriarcat, la domination masculine et les violences sexistes et sexuelles.
#MeToo : en faire une lutte politique révolutionnaire
La portée politique de #MeToo réside dans le fait qu’il ne s’agit pas seulement de lever le voile. Il s’agit de saisir la société entière par le col, de lui maintenir les paupières ouvertes, et de lui tendre un miroir sous une lumière crue : c’est de toi qu’on parle, vois ce que tu es et ce que tu produis. Ces violences sont politiques, et nous voulons y apporter des solutions politiques.
Masculinisme et radicalisation d’extrême droite
Le 6 décembre 1989, Marc Lépine entre dans l’école Polytechnique de Montréal, et y assassine 14 femmes. Marc Lépine est celui qui a poussé l'idéologie masculiniste dans ses derniers retranchements. Celui qui a pris une revanche définitive sur les féministes rejetant les injonctions patriarcales. Anatomie d'une porosité entre masculinisme, extrême-droite et violence.
D'un barrage l'autre
À l'impasse politique et institutionnelle issue du 7 juillet, s'ajoute maintenant une impasse culturelle. Ces deux impasses maintiennent en vie Macron et son monde, empêchant ainsi aux forces progressistes d'accéder au contrôle de la société. Cette impasse sera résolue lorsque la vision progressiste sortira d'une simple vision abstraite, esthétique et passagère, pour devenir concrète et permanente.
Pourquoi le capitalisme n’a-t-il pas socialisé le travail ménager ?
La forme moderne du travail ménager résulte non pas d’une impossibilité de socialiser cette forme de travail, mais plutôt de choix politiques et de stratégies capitalistes destinés à individualiser les logements et les équipements.
De Gaza à Nouméa : l'arc colonial se tend
Entre Gaza et Nouméa séparés par un continent et des spécificités uniques, un continuum s'étire : l'arc colonial. Celui-ci est en train de se briser et, dans cette crise qui ne vient plus mais qui est chaque jour un peu plus intense, il tire ses dernières flèches.
Au cœur du contrôle du corps des femmes : la norme gynécologique
Naturalisée et invisibilisée, articulée à la médicalisation plus globale des corps des femmes d’une part, et à la délégation plus vaste à ces dernières des tâches de santé de l’autre, la norme gynécologique n’est pas perçue par les femmes comme une dépossession du contrôle sur leur corps. Il s’agit d’un moment qui est présenté comme à la fois nécessaire et banal dans la vie, si bien qu’il suscite peu de questionnements.
La tentation fasciste
En 1933, le nazisme est venu répondre à la crise que traversait la bourgeoisie allemande. Il a constitué un débouché aux contradictions de celle-ci. La bourgeoisie en crise, menacée par un mouvement ouvrier fort, a choisi Hitler et le nazisme, à la révolution et au communisme.
La société civile face aux VSS, deux siècles d’histoire
Depuis 2017, l’affaire Weinstein, #Metoo, #balancetonporc, #Metooinceste, les dénonciations de VSS dans le cinéma, tous ces mouvements incluent la saisie des violences sexuelles comme autant d’expressions ou de symptômes de la domination masculine, du sexisme et des abus de pouvoir du patriarcat. Après des siècles de déni et de refus, la société civile fait, enfin, face aux VSS.
Pour un premier mai unitaire, populaire et progressiste : le pain, la paix, la liberté !
La situation devient critique. Chaque jour un peu plus le mode de production capitaliste montre les effets de sa crise. Chaque jour il détruit un peu plus les conditions d'existence de ceux qu'il exploite. Chaque jour il se déploie dans la guerre et l'impérialisme.
Abolition des prisons. Histoire de l'abolitionnisme pénal.
Le terme « abolitionnisme » est utilisé depuis longtemps. Il englobait, par exemple, la résistance et la lutte contre l'esclavage avant d'incarner la lutte contre le système carcéral. Trois auteur·es français, Joël Charbit, Shaïn Morisse et Gwenola Ricordeau, ont écrit sur cette lutte un livre intitulé Brique par brique, mur par mur. Une histoire de l'abolitionnisme pénal. Recension par Thom Holterman.
Suicidée d’un cri, pour accoucher d’un silence
On crève d'enseigner. On crève de travailler. Au sein de l'éducation nationale, il existe une omerta terrible sur la souffrance au travail sous-estimant amplement les dépressions et les suicides. Christine Renon s'est donnée la mort, épuisée d'avoir donnée sa vie à une institution qui ne reconnut jamais son existence.
Pour la fondation d’un parti de masse
La NUPES, dans toutes ses imperfections, offre une possibilité historique de fondation d’un parti de masse anticapitaliste et démocratique à même de joindre et de rejoindre, une vision idéologique avec une action directe, réelle et quotidienne.
L'Ukraine, prise au piège de l'impérialisme.
Il s’agira de poser un regard froid sur les tendances économiques, politiques et militaires de la période récente et les éclairer à la lumière de la poursuite par les acteurs de leurs intérêts.
Aya, ou l'effacement d'un monde.
En ces confins du globe dont la distance n’est pas tant géographique qu’historique, les habitants constatent désespérés le changement de leur monde, victimes des conséquences d'un mode de production suicidaire et inique.
Tribune : Mélenchon, candidat de la souveraineté nationale et populaire
La revue Positions publie un appel du collectif Citoyens souverains, qui rassemble des électeurs LFI de 2017 s'étant abstenus aux élections européennes. Il s’adresse aux ex-insoumis, aux gilets jaunes et aux souverainistes réfugiés dans l'abstention, pour soutenir Mélenchon.
Tenir la situation, de la nécessité de comprendre le moment politique
Non par efficacité, non par utilité, mais par cohérence et nécessité, à Positions nous voterons L’Union populaire.
L’après Mélenchon : le temps de la refondation
Aujourd'hui, les divisions au sein de la FI révèlent qu'il est temps de passer la main et d’appeler à la naissance d’une nouvelle organisation révolutionnaire en capacité de mener la lutte pour un renversement du capitalisme. Remercions Mélenchon pour ce qu'il a fait et tenons-nous en à son testament : faire mieux.
Orthodoxie contre dogmatisme : Lukács contre le post-marxisme universitaire
En 1923, dans Qu’est-ce que le marxisme orthodoxe ?, Georg Lukács pose les bases d’une lecture rigoureuse du matérialisme historique, insistant sur le fait que l’orthodoxie marxiste ne se définit pas par l’adhésion à un corpus dogmatique de thèses, mais par la fidélité à un cadre théorique et épistémologique : la dialectique matérialiste. Cette position, loin d’être une simple querelle théorique, garde une actualité brûlante face aux dérives contemporaines du post-marxisme universitaire, qui fragmente l’analyse sociale et dilue le projet révolutionnaire dans un éclectisme stérile.
L’impasse Viktorovitch : une rhétorique creuse pour une crise béante
Star de l’analyse politique sur les réseaux, Clément Viktorovitch entend s’imposer dans le débat intellectuel. Sous des airs de pamphlet anti-Macron, son livre "Logocratie" recycle un vieux fantasme centriste : celui d’une démocratie harmonieuse et rationnelle, subitement trahie par des démagogues venus fausser les règles du jeu.
La nature : opposer une analyse matérialiste à l’écofascisme grandissant
Si l’écologie en France anime surtout les petits bourgeois, l'enragement de ces derniers est à la fois la cause et la conséquence de la fascisation générale de la société. Nous devons urgemment porter un discours et une analyse clairs sur l’écologie pour éviter que celle-ci soit récupérée par les franges réactionnaires et conservatrices de la société.
Au coeur de la lutte : les marges racisées entre asymétrie raciale, symétrie réactionnaire
Le véritable enjeu est de repenser le matérialisme, en restant fidèle à sa rigueur tout en l’ouvrant aux expériences situées, afin de sortir l’antiracisme à la fois de l’impasse de la reconnaissance institutionnelle et du risque de dissolution dans une reconnaissance purement populaire. À partir de ce constat, ce texte se propose d’explorer quelques moments historiques où les trajectoires des catégories racisées ont été prises en étau entre ces deux formes de reconnaissance, afin de mieux comprendre les stratégies déployées, leurs contradictions, mais aussi les horizons qu’elles dessinent
Dissoudre l'extrême droite : un piège pour la gauche ?
De la campagne de soutien aux Soulèvements de la Terre à la dissolution de la Jeune Garde, la procédure de dissolution revient sur le devant de la scène. Associée tantôt à la « trempette de Roger Rabbit », tantôt à la clandestinité de la résistance, elle inquiète celles et ceux qui s’organisent dans les luttes. Alors que des collectifs camarades en font les frais, certain·es à gauche continuent d’en réclamer contre l’extrême droite. Mais peut-on demander à l’État de dissoudre ces groupes quand la même arme vise les antifascistes qui les combattent ? Cet article propose une critique politique et historique de cet outil répressif et avance des pistes pour renforcer la solidarité et relancer le débat.
François Bégaudeau, Nietzsche et la morale de ressentiment
La thèse défendue ici est que Bégaudeau s'approprie les théories nietzschéennes écrites contre la morale chrétienne pour les réduire à un système qui fait des mécanismes singuliers de cette morale les soubassements de toute espèce de morale. Cela lui permet d'opposer systématiquement la morale aux faits, dans une démarche positiviste assez naïve.
Face à la crise du capitalisme : la militarisation de l’enseignement
Dans un contexte de crise avancée du capitalisme, la militarisation de l'enseignement devient un enjeu central. La création des Classes de défense et de sécurité globale répond à un triple objectif : rappeler le pouvoir de la force et de l’ordre à des publics considérés comme problématiques ; recruter des effectifs pour l’armée en offrant un débouché dans des zones géographiques frappées par le chômage ; préparer les esprits et les corps à la guerre. Elles annoncent à la fois un retour à la conscription et au conditionnement imposé des forces vives et un tournant économique et idéologique.
Privatisation et militarisation : l’aide humanitaire à Gaza comme nouvel outil colonial
Cet article aborde l'actualité et les répercussions des actions menées par les nouvelles structures (in)humanitaires privées récemment mises en place à Gaza. Ce type de structure a causé la mort directe de plusieurs centaines d’habitants venus chercher de l’aide. Les paradigmes humanitaires sont en plein renouvellement dans un système-monde maintenu par un capitalisme globalisé, révélant un aggiornamento de l’impérialisme parasitaire.
Reconstruire le mouvement communiste au delà du PCF et du MJCF
Un regard critique sur ce que nous avons vécu, et sur ce qu’il reste à faire.
Syrie : ‘‘Une opportunité historique’’
La Syrie d’Assad n’est plus, les révolutionnaires ont gagné. Mais le plus dur n’était peut-être pas seulement de faire tomber un régime assez largement haï par sa population, il faut désormais construire un futur désiré par le grand nombre.
Une Décroissance Écosocialiste ?
En opposition à la perspective écomoderniste, il s’agira ici de développer la nouvelle occurrence écologique de la critique de l’économie politique, contre l’économie politique critique qui ne comprend le socialisme que comme la continuation du capitalisme par d’autres moyens. Il nous faut renouer, d’un point de vue écologique, avec “la critique impitoyable de tout l’ordre établi”.
Philippe Aghion, prix Nobel de la bourgeoisie
Philippe Aghion est le nouveau prix Nobel d'économie. Il constitue la figure archétypale de la science économique, elle-même l'instrument scientifique de l'idéologie capitaliste. Elle est l'ennemie de la société amputée de la classe bourgeoise. Elle travaille contre elle dans l'intérêt de la bourgeoisie. Pour nous, elle est un adversaire redoutable, l'instrument mystificateur de justification de toutes les violences néolibérales. Voilà ce que récompense le prix Nobel d'économie.
Connaissances, lutte des classes, et stratégie politique : un éclairage par Lucien Goldmann
Chez Goldmann, la conscience possible devient l’instrument d’analyse privilégié de la vie sociale elle-même, car elle permet de saisir l’écart entre ce que les hommes pensent effectivement et ce qu’ils pourraient penser à partir de leur position dans le monde. Cet écart, loin d’être pure illusion, est le lieu même où se joue la transformation de la réalité.
Du métal sans Mittal
« Du métal sans Mittal » : à Dunkerque, la formule n’a rien d’un refrain mélancolique. Elle dit une nécessité politique immédiate, celle de la reprise en main, par l'Etat et les travailleurs, du contrôle sur leur outil de production. L’État intervient déjà massivement et structurellement dans la sidérurgie. La question est celle de son sens social : intervention pour qui, contre qui, et au profit de quel horizon productif.
Discussion au sujet de l'épistémologie marxiste – Retour sur les débats engagés par Norman Ajari
Trois choses peuvent être contestées à Ajari. La première est sa lecture de l’épistémologie marxiste. La deuxième est son attachement à un certain idéalisme, hérité des pensées décoloniales latino-américaines, de son approche psychologique du fait politique. La troisième, qui est la plus importante, est sa croyance dans l’inefficacité politique du marxisme, dont nous serions les témoins actuels.
Qu'est-ce que le racisme ?
J’ai souhaité clarifier les objections qui ont suivi ma communication sur le racisme, objections qui témoignent souvent d’un malentendu sur la consubstantialité de la race et du capitalisme. J’y rappelle que le racisme n’a aucune autonomie réelle : il n’est qu’un moyen au service des fins économiques du capitalisme, à l’image de la violence selon Engels. J’explique ensuite que la lutte antiraciste est prioritaire, car sans résolution des antagonismes raciaux, aucune unité de classe n’est possible ; mais qu’en dernière instance, l’abolition de la race dépendra de l’abolition de la bourgeoisie. Enfin, je réponds à l’accusation absurde selon laquelle je « blanchirais » Trần Đức Thảo, en montrant que sa pensée, loin de rompre avec l’universalisme, en propose une version dialectique et concrète, inséparable du marxisme. Au fond, toutes ces objections se cristallisent autour d’une seule question : comment penser le racisme en tant que produit historique du capitalisme, et comment s’en défaire ?
La gauche morale refuse de compter les noirs : nos sincères excuses à François Bégaudeau
Est apparue une stratégie nouvelle, chez une certaine gauche, qui consiste à qualifier de « gauche morale » toute critique interne à la gauche qui dénonce des agissements a minima problématiques, quand ils ne sont pas directement dangereux et contraires aux principes, valeurs et idées de la gauche. Retour critique sur un faux concept et ce qu'il recouvre.
“We will coup whoever we want”
“We will coup whoever we want” : ces mots d'Elon Musk, prononcés en 2020 après la chute du Gouvernement d'Evo Morales (dans laquelle les États-Unis ne sont pas tout à fait étrangers) résonnent aujourd'hui avec la situation vénézuélienne. À quoi joue le capitalisme états-unien à La Paz, Caracas (et peut-être demain à La Havane, à Bogota ou à Nuuk ?) ?
Que signifie "abolir la monnaie" ?
Le récent débat ouvert par la Paduteam sur l'abolition de la monnaie mérite un prolongement et une explication la plus claire et la plus pédagogique sur ce qu'elle est et sur les possibilités de sortie de la loi de la valeur.
Les profs sont-ils des collabos ?
Attaquer les profs est une stratégie assez classique à gauche. Les profs incarnent l’autorité, la discipline, la conformité à l’ordre, l’obéissance. Il y a presque quelque chose de militaire à l’école. « Quoi d’étonnant si la prison ressemble aux usines, aux écoles, aux casernes, aux hôpitaux, qui tous ressemblent aux prisons ? », questionne Foucault dans Surveiller et punir. Cette ressemblance entre les modes disciplinaires de ces institutions aux finalités pourtant si différentes est troublante. Les profs ne seraient-ils pas, dans le fond, des contremaîtres, des flics, des gardiens, des petits kapos ?
Travail du sexe et travail reproductif : l’angle mort du mouvement social
Clivante après plus de 150 ans de débats dans les luttes des femmes, la question du travail du sexe continue de diviser. Versant tantôt dans la réaction, tantôt dans le libéralisme, les organisations du mouvement social abandonnent une partie des classes laborieuses. Sous couvert d’abolitionnisme, ces mêmes organisations refusent de regarder la réalité en face et privent les travailleuses du sexe de la possibilité de construire un rapport de force face à l’Etat ; et privent, de fait, le reste de notre classe d’un front supplémentaire contre les exploiteurs.
Les Gilets Jaunes, l'Europe et la nation
Le soulèvement des Gilets Jaunes est la conséquence directe de décennies de libéralisme et d'austérité. Alors que tous nos présidents, y compris Macron, s'étaient engagés à lutter contre le chômage et la baisse du niveau de vie, force est de constater qu'ils n'ont même pas été en mesure de mettre en œuvre leurs timides promesses. Mais une question de fond reste posée : pourquoi tous les présidents n'ont-ils même pas pu mettre en œuvre leurs propres engagements ?
Panorama sociologique d'un « troisième tour social »
Il y a un an, les milieux populaires ont surgi spontanément dans l’espace public, avec des modalités de luttes et une endurance sans précédent dans l’histoire récente.Dans la mesure où les revendications et les valeurs implicites des « Gilets jaunes » ont heurté de solides intérêts et toute une conception néolibérale de la vie en société, on peut dire qu’on est en présence d’un mouvement autant social que politique, et plus précisément d’un « troisième tour social » qui signifie à la majorité actuelle qu’elle dispose de peu de légitimité auprès de la majorité de la population.
Du réel au virtuel, des ronds-points à Facebook, sociologie des Gilets jaunes.
Voici un an que le mouvement des Gilets jaunes a démarré, ouvrant la voie au plus spectaculaire mouvement social de la Ve République. Si celui-ci n’a pas su muter de la révolte à la révolution, nous postulons que cela tient en sa trop grande division. Ainsi, nous avons vu s’ériger, à mesure des semaines, une séparation de plus en plus marquée entre les Gilets jaunes des ronds-points et ceux présents en manifestation qui ont largement contribué à déplacer le combat sur le terrain virtuel des réseaux sociaux.
La répression n’éblouit pas les yeux des citoyens
Que l’on se souvienne un instant du XIXème siècle. En 1891, Ravachol, inaugure en France une vague d’attentats anarchistes qui perdura jusqu’en 1905, avec la tentative d’assassinat du roi d’Espagne et du président de la République. L’Etat prend peur, les inégalités sont au plus haut (les 10 % les plus riches touchent alors en France 45 % des revenus du pays), la population est mécontente, il faut agir, il faut obtenir la paix sociale, par la force, afin de protéger les biens de ceux qui « enrichissent » la France.
Gilets jaunes et lutte de classe
Pour certains chefs de files modernes de courants dits « populistes », il y a déjà une provocation à parler, dans une même phrase (a fortiori dans un seul titre) de gilets jaunes et de lutte de classe. Pour ces « penseurs », le concept de classe serait dépassé. Non pas qu’il n’ait pas été pertinent, autrefois, mais il ne l’est plus. Ce raisonnement sous-entend que le capitalisme a résolu de lui-même ses antagonismes de classe (une révolution mondiale a-t-elle eu lieu sans que nous n’ayons été mis au courant ?).
Editorial : Gilets Jaunes, un arrêt d'urgence
53 actes. 53 semaines de colères, de solidarité, d’espoir mais également de déception et de rancœur. Nous avons changé. Nous sommes désormais dans l’ère des crises et des révoltes. Même si nous ne l’avons pas vu venir, les « gilets jaunes » avaient été annoncés, promus même par les médias, et par beaucoup de politiciens. Le 17 novembre n’a surpris personne, c’est la suite qui elle fut complètement imprévisible. Du 17 novembre au 10 décembre 2018, le pays fut plongé dans un état de flottement proche du basculement.
Gilets jaunes : la révolution ne se fera pas en un an
"Qu'est-ce qu'un mouvement révolutionnaire ? Un mouvement incompatible avec l'ordre qui l'a vu naître. Le mouvement des gilets jaunes n’a rien à voir avec un mouvement syndical encadré et légitimiste. Il s’agit bien au contraire d’une lutte pour la légitimité politique."
Editorial : Pénurie d'Etat, état de pénurie
Depuis plusieurs décennies, le capitalisme s’est engagé dans une dynamique qui pourrait sembler contradictoire. D’un côté, il a méthodiquement détruit l’État social, fruit de luttes populaires et outil de régulation indispensable à la stabilité des sociétés industrielles avancées. D’un autre côté, cette « pénurie d’État » n’a pas conduit à l’abondance promise par les idéologues néolibéraux : elle a engendré un véritable « état de pénurie » généralisée.
L'Etat capitaliste
La dynamique contemporaine du capitalisme mondialisé nous emmène dans des directions étonnantes. Qui aurait pu prédire qu’après quarante ans de néolibéralisme forcené, la propriété étatique ferait un retour fracassant sur la scène de l’économie mondiale et retrouverait une place centrale dans l’accumulation du capital ? C’est pourtant bien ce qu’il se passe.
Un autre monde, un autre chemin : le zapatisme
Le zapatisme n’est pas une nouvelle idéologie politique, ni un réchauffé de vieilles idéologies. Le zapatisme n’est pas, n’existe pas. Il se contente de servir, comme servent les ponts, pour traverser d’un côté à l’autre. C’est pourquoi, dans le zapatisme, tous ont leur place, tous ceux qui veulent traverser d’un côté à l’autre… Il n’y a ni recettes, ni lignes, ni stratégies, ni tactiques, ni lois, ni règlements, ni consignes universelles. Il y a seulement une aspiration : construire un monde meilleur, c’est-à-dire neuf. En résumé : le zapatisme n’appartient à personne, et pour cela, il est à tout le monde.
L'héritage politique de la Commune
On mesure l'importance d'un mouvement social en combinant le plus souvent plusieurs critères : sa durée, son ampleur, les idées nouvelles dont il est porteur, les transformations qu’il impacte, etc. Mais quels que soient les critères que l’on utilise, un mouvement social ne peut totalement s’y réduire. Il laisse dans la conscience collective une trace qui va au-delà des faits et qui l’apparente à une forme de mythe. Il en va ainsi pour la Révolution française, mais aussi pour la Commune, Mai 68, et sans doute à l’avenir pour le mouvement des Gilets jaunes.
D’une révolution à l’autre
A l’automne 2019, nous assistons au phénomène de surgissement simultané de mouvements insurrectionnels en différents points du globe. Partout s’exprime surtout la colère des classes moyennes et populaires contre leur dépossession économique et démocratique, ainsi que leurs désirs de justice sociale, de justice fiscale et de souveraineté réelle
Editorial : l'ère des crises
Dans son œuvre magistrale, l’historien John Eric Hobsbawm nomme la séquence historique 1789-1848 : l’ère des révolutions. C’est de cette analogie que ce numéro 2 de Positions est né.
« Nous voulons une révolution, ne nous obligez pas à la faire »
Lire de l’histoire c’est toujours un peu se doter d’une rêverie, d’un point d’appui, d’un imaginaire qui n’est pas exactement un mythe mais fait office de mythe, de récit qui nous aide à vivre et à savoir comment vivre et réfléchir, non pour répéter mais pour s’orienter, avancer, savoir ouvrir un chemin de traverse. L’histoire raconte des choses vraies mais malgré tout sélectionnées, construites dans un récit savant, des choses fictionnées par ce récit. Quels chemins de traverse peut offrir l’histoire des années qui ont précédé la Révolution française ?
Révolution : ne pas énerver
La révolution n’est pas un beau rêve que l’on réalise dans une nuit sacrée, elle est un combat de longue haleine qui se prépare mentalement, physiquement et politiquement. La révolution n’est pas seulement une irruption, elle n’est pas qu’un grand soir. Elle suppose une subversion radicale de nos manières de penser et d’agir, une sorte de révolution anthropologique qui bouleverse les mesures et les critères.
L’effet de grève
Poussé par une bourgeoisie dans l’impasse, consciente de ses difficultés et incapable d’appliquer la moindre régulation au capital, l’État macronien détruit la démocratie sociale. Une destruction facilitée par le recul de l'influence des organisations révolutionnaires [...] Il nous semble que l’enjeu pour les organisations progressistes est de se donner les moyens de construire des propositions et des actions visant à affirmer la souveraineté des travailleurs sur la production.
Les grèves de 1936 et leurs suites
11 mai 1936. En France, le temps semble en suspens. Au second tour des élections législatives qui a eu lieu la semaine précédente, le Front populaire [...] l’a emporté assez largement, avec près de 58 % des voix. C’est alors qu’éclatent d’importantes grèves. Retours sur les événéments.
1968, essai d'historiographie subjective
A partir d’une réflexion de départ sur le rapport entre mémoire et histoire autour du moment 1968 en France, il s'agit ici d'élaborer une histoire sociale de l’événement en s’appuyant sur l’usage des sources écrites et audiovisuelles et en passant par un examen attentif des textes, des paroles et des actes des protagonistes de tous bords.
Les Gilets jaunes, une « jacquerie moderne » ?
La Jacquerie porte avec elle un imaginaire puissant, celui d'un soulèvement populaire spontané, éruptif, que l'on a pu réinvoquer lors du mouvement des Gilets jaunes à propos d'un mouvement social unique depuis 1968. Mais derrière le mythe orientant le débat public, Isabelle d'Artagnan, docteur en histoire médiévale, rappelle quels étaient les véritables enjeux historiques de ce qui se joua entre 1356 et 1358.
Editorial : Que vive la grève !
Dans ce numéro, nous avons cherché à comprendre à travers divers exemples historiques, ce en quoi consiste une grève, réussie ou défaite. Ses conditions de production, de naissance et de mort, doivent nous servir à éclairer notre actualité et à tracer les sillons de notre futur.
Quelles perspectives pour un parti de masse ?
L’ambition d’un parti de masse devra être de s’inscrire dans les classes populaires et de vivre de leur vitalité propre afin de pouvoir construire une organisation véritablement révolutionnaire.