Editorial : à l'assaut de l'empire masculin
Le procès Mazan pose celui de toute une organisation sociale : celle d'une société patriarcale ou la distribution des genres et des pouvoirs assujettit un sexe à la volonté d'un autre. Une sujétion genrée, économiquement récupérée et pénalement encadrée. Ce numéro interroge l'empire masculin fondé sur le patriarcat, la domination masculine et les violences sexistes et sexuelles.
#MeToo : en faire une lutte politique révolutionnaire
La portée politique de #MeToo réside dans le fait qu’il ne s’agit pas seulement de lever le voile. Il s’agit de saisir la société entière par le col, de lui maintenir les paupières ouvertes, et de lui tendre un miroir sous une lumière crue : c’est de toi qu’on parle, vois ce que tu es et ce que tu produis. Ces violences sont politiques, et nous voulons y apporter des solutions politiques.
« L’histoire humaine nous apprend que les différenciations de genre sont des constructions politiques, sociales, économiques et culturelles »
Francis Dupuis-Deri est professeur de science politique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Il a récemment publié Les hommes et le féminisme (éditions Textuel, 2023). A l’occasion de ce numéro, nous avons cherché à comprendre avec lui ce que « la crise de la masculinité » recouvrait véritablement
La société civile face aux VSS, deux siècles d’histoire
Depuis 2017, l’affaire Weinstein, #Metoo, #balancetonporc, #Metooinceste, les dénonciations de VSS dans le cinéma, tous ces mouvements incluent la saisie des violences sexuelles comme autant d’expressions ou de symptômes de la domination masculine, du sexisme et des abus de pouvoir du patriarcat. Après des siècles de déni et de refus, la société civile fait, enfin, face aux VSS.
Masculinisme et radicalisation d’extrême droite
Le 6 décembre 1989, Marc Lépine entre dans l’école Polytechnique de Montréal, et y assassine 14 femmes. Marc Lépine est celui qui a poussé l'idéologie masculiniste dans ses derniers retranchements. Celui qui a pris une revanche définitive sur les féministes rejetant les injonctions patriarcales. Anatomie d'une porosité entre masculinisme, extrême-droite et violence.
« La question de l’incarcération n’est pas celle du mieux enfermer ou moins enfermer, mais c’est celle de ne plus enfermer. »
Gwenola Ricordeau est professeure associée en justice criminelle à la California State University, Chico. Elle a publié Pour elles toutes. Femmes contre la prison (Lux éditeur, 2019) et récemment 1312 raison d’abolir la police (Lux éditeur 2023) et, en collaboration avec Joël Charbit et Shaïn Morisse brique par brique, mur par mur (Lux éditeur, 2024).
Pourquoi le capitalisme n’a-t-il pas socialisé le travail ménager ?
La forme moderne du travail ménager résulte non pas d’une impossibilité de socialiser cette forme de travail, mais plutôt de choix politiques et de stratégies capitalistes destinés à individualiser les logements et les équipements.
Au cœur du contrôle du corps des femmes : la norme gynécologique
Naturalisée et invisibilisée, articulée à la médicalisation plus globale des corps des femmes d’une part, et à la délégation plus vaste à ces dernières des tâches de santé de l’autre, la norme gynécologique n’est pas perçue par les femmes comme une dépossession du contrôle sur leur corps. Il s’agit d’un moment qui est présenté comme à la fois nécessaire et banal dans la vie, si bien qu’il suscite peu de questionnements.
Maid, ou l’illustration du cycle des violences conjugales
Au 6 décembre 2024, 128 féminicides ont eu lieu dont 90 féminicides par un conjoint ou ex-conjoint. Cet article a pour objectif, à partir de la série Maid sortie en 2021 et qui servira d’illustration, de comprendre comment le cycle des violences s'installe dans un couple, comment il fonctionne, et comment il tue. Les violences conjugales sont des violences patriarcales.